Accepter une mission à 85 euros sans avoir vérifié qu'elle passait le seuil de rentabilité est une des erreurs les plus coûteuses d'un convoyeur indépendant. Le prix plancher, c'est le tarif en dessous duquel une mission fait perdre de l'argent. Voici la méthode complète pour fixer son prix plancher de convoyage en 2026, avec les calculs concrets et les leviers pour le faire remonter.
Pourquoi chaque convoyeur a son propre prix plancher
Le prix plancher n'est pas universel. Deux convoyeurs sur le même Paris Lyon peuvent avoir un seuil de rentabilité qui diffère de 30 euros, selon la consommation du véhicule conduit, la voiture de retour utilisée, le statut fiscal, les frais fixes mensuels et la zone de départ. Refuser de calculer son prix plancher, c'est rouler en moyenne sur des missions où on perd 10 à 20 euros de net sans le savoir.
Les composants du prix plancher
Quatre blocs de coûts rentrent dans le calcul. Il faut tous les additionner pour obtenir le vrai seuil.
1. Les coûts variables directs de la mission
- Carburant. Base consommation du véhicule (7,5 litres aux 100 en moyenne), prix 2026 autour de 1,85 euros le litre SP95 et 1,75 euros le gazole. Pour 500 km, soit 38 litres x 1,85 = 70 euros.
- Péages. 0,10 euro par kilomètre en classe 1 (véhicule léger) en moyenne. Pour 500 km autoroute, environ 50 euros.
- Coût du retour. Train, covoiturage ou carburant si véhicule perso. Pour 500 km, compter 50 à 90 euros selon le mode.
- Restauration et imprévus. 10 à 15 euros par mission.
2. Les charges sociales et fiscales
Elles varient selon le statut. En auto-entrepreneur, URSSAF 21,2 pour cent du CA encaissé. Impôt en versement libératoire 1,7 pour cent ou au barème selon option. En EURL ou SASU, calcul plus complexe qui dépend du bénéfice et de la rémunération du gérant.
Pour simplifier, en auto-entrepreneur, chaque euro facturé donne environ 0,77 euro disponible après URSSAF et versement libératoire, avant imposition éventuelle complémentaire.
3. Les frais fixes professionnels à mensualiser
- RC pro. 400 à 700 euros par an, soit 35 à 60 euros par mois.
- CFE (cotisation foncière des entreprises). 150 à 400 euros par an, soit 12 à 35 euros par mois.
- Expert-comptable si EURL. 1 500 à 2 500 euros par an, soit 125 à 210 euros par mois.
- Outils numériques. App de compta, ConvoyMax, hébergement email pro, entre 30 et 60 euros par mois.
- Entretien véhicule personnel de retour. Révisions, pneus, assurance, environ 100 à 150 euros par mois amortis.
Total moyen, entre 200 et 450 euros de frais fixes mensuels selon le statut. Ces frais doivent être couverts par les missions avant même de parler de revenu.
4. Le revenu horaire visé
C'est la variable personnelle. Un convoyeur qui vise 15 euros de net par heure travaillée ne fixe pas le même plancher qu'un convoyeur qui vise 25 euros. À inclure dans le calcul, sinon le prix plancher est le seuil de non-perte, pas le seuil de rentabilité.
La méthode de calcul concrète
Étape 1, estimer la durée totale de la mission
Pas seulement la conduite. Compter la prise en charge (20 à 40 minutes), la livraison (20 minutes), le retour (train ou route), les temps d'attente. Un Paris Lyon aller sec peut totaliser 8 heures de temps mobilisé, dont 4 h 30 de conduite.
Étape 2, calculer les coûts variables
Somme des carburants, péages, retour, restauration. Pour Paris Lyon aller sec, environ 160 euros de coûts variables.
Étape 3, appliquer la part des frais fixes
Sur un volume estimé de 50 missions par mois et 300 euros de frais fixes, soit 6 euros par mission.
Étape 4, ajouter le revenu horaire visé
8 heures de temps mobilisé x 20 euros visés = 160 euros de revenu net visé par mission.
Étape 5, calculer le brut nécessaire avant URSSAF
En auto-entrepreneur, il faut diviser le net visé par 0,77 pour retomber sur le CA nécessaire. 160 euros / 0,77 = 208 euros de brut.
Étape 6, additionner tout
160 euros de coûts variables + 6 euros de frais fixes + 208 euros de brut revenu = 374 euros de prix plancher en CA brut pour un Paris Lyon aller sec rentable à 20 euros de l'heure.
On voit vite que le tarif marché moyen à 120 euros brut ne permet pas du tout ce calcul sans retour matché. D'où l'importance du retour.
Avec retour matché, tout change
Reprenons le même Paris Lyon à 120 euros brut, suivi d'un Lyon Paris à 100 euros brut le lendemain. Total 220 euros brut sur 2 jours, environ 14 heures mobilisées. Coûts variables cumulés, environ 240 euros sur 2 jours. Net après URSSAF 220 x 0,77 = 169 euros. On reste en dessous du seuil de rentabilité théorique.
Ajoutons maintenant une 3e mission Lyon Marseille à 100 euros brut. Total 320 euros brut sur 3 jours, environ 20 heures mobilisées, coûts variables cumulés 320 euros. Avec les frais fixes prorata 18 euros. Net après URSSAF 320 x 0,77 = 246 euros - 320 - 18 = résultat négatif. Même sur 3 missions, si les tarifs sont bas, la chaîne ne sauve pas tout.
C'est précisément pour cela que le prix plancher individuel doit être connu à l'avance. Sinon le convoyeur accepte de belles chaînes apparentes qui finissent en perte réelle.
Comment faire remonter son prix plancher effectif
Réduire les coûts variables
- Choisir le véhicule de retour le plus économique (train low cost, covoiturage BlaBlaCar, OuiCar pour voitures de retour, ou véhicule pro à faible consommation).
- Emprunter la nationale sur les derniers kilomètres pour réduire les péages.
- Acheter un carnet de tickets restaurant ou préparer ses repas au lieu des aires d'autoroute.
Optimiser les chaînes de missions
- Enchaîner 3 missions sur 3 jours plutôt qu'une mission aller simple.
- Prioriser les axes qui se matchent naturellement en retour, voir notre article sur la rentabilité par axe.
- Utiliser un agrégateur multi-plateformes pour capter les retours en direct.
Diminuer les frais fixes
- Négocier la RC pro (comparer 3 assureurs tous les 2 ans).
- Optimiser les outils numériques, éviter les doublons.
- Passer en EURL si les frais réels dépassent 45 pour cent du CA, pour récupérer la déduction fiscale.
Augmenter le tarif accepté
- Refuser systématiquement les missions en dessous du prix plancher, même si cela fait baisser le taux d'acceptation temporairement.
- Viser les plateformes premium (Pop Valet) à partir de 6 à 12 mois d'ancienneté.
- Monter en gamme vers les missions VIP via un bon taux d'acceptation sur les missions standards.
Cas pratique, trois profils de convoyeurs
Profil 1, débutant auto-entrepreneur en province
Faible volume (25 missions mensuelles), frais fixes réduits (200 euros par mois), véhicule personnel économique. Prix plancher sur un trajet 400 km aller sec, autour de 140 euros brut pour atteindre 15 euros nets de l'heure.
Profil 2, convoyeur confirmé auto-entrepreneur en Île-de-France
Volume moyen (60 missions mensuelles), frais fixes 280 euros par mois. Prix plancher même trajet, autour de 165 euros brut pour 20 euros nets de l'heure. À ce niveau, beaucoup de missions marché sont sous le plancher, obligation de faire des chaînes pour compenser.
Profil 3, convoyeur pro EURL
Volume élevé (90 missions mensuelles), frais fixes 520 euros par mois (expert-comptable inclus). Prix plancher même trajet, autour de 175 euros brut pour 25 euros nets de l'heure après IS et frais déductibles. Structure rentabilisée à partir de 85 000 euros de CA annuel.
Outils pour calculer son prix plancher
L'estimateur de rentabilité mission ConvoyMax calcule en 10 secondes la marge nette d'une mission proposée, péages et carburant inclus. Pour la vision annuelle avec seuils fiscaux et objectifs de revenu, le simulateur de revenu convoyeur. Pour les cotisations précises, le calculateur fiscal convoyeur.
FAQ
Peut-on refuser toutes les missions sous le prix plancher
Attention au taux d'acceptation sur les plateformes. Un taux qui tombe sous 75 pour cent fait chuter la visibilité du profil. Mieux vaut désactiver son statut actif sur les périodes où on ne veut que du premium, plutôt que de refuser en série.
Le prix plancher évolue-t-il avec le temps
Oui. Il baisse si vous optimisez les chaînes et les frais. Il monte si les coûts carburant ou péages augmentent, ou si vous visez un revenu horaire plus élevé.
Faut-il tenir compte du temps de veille non rémunéré
Idéalement oui, en incluant 20 à 30 minutes par mission pour la préparation, la recherche de missions et l'administratif. Sinon, le revenu horaire est surévalué de 15 à 25 pour cent.
Un prix plancher doit-il inclure une marge de sécurité
Oui, 10 pour cent de buffer sur les imprévus (panne, retard, météo). Sur un plancher théorique de 150 euros, viser 165 euros pour préserver la marge.
Comment comparer rapidement plusieurs missions entre elles
Via un agrégateur qui calcule la marge nette en direct. ConvoyMax trie automatiquement les missions par rentabilité nette après péages et carburant, pas par tarif brut affiché.
À retenir
- Le prix plancher dépend de 4 blocs, coûts variables, frais fixes, cotisations et revenu horaire visé.
- En auto-entrepreneur, chaque euro facturé vaut environ 0,77 euro disponible après URSSAF.
- Un aller sec Paris Lyon à 120 euros ne couvre souvent pas le prix plancher seul, il faut une chaîne ou un retour matché.
- Un convoyeur sans prix plancher calculé perd en moyenne 10 à 20 euros par mission sans le savoir.
- Les chaînes de missions sont le premier levier pour franchir le seuil de rentabilité.
- Un outil d'estimation en temps réel évite d'accepter des missions en dessous du seuil.
Pour compléter, voir nos articles calcul des frais professionnels du convoyeur, péages et convoyage, la déduction des frais et auto-entrepreneur vs EURL pour un convoyeur. Testez votre prix plancher sur une vraie mission avec l'estimateur de rentabilité ConvoyMax.